11-08-12 Café littéraire

Loin du speed-booking (dix minutes pour échanger autour d'un livre, puis on change de table…) actuellement à la mode, on prend le temps, au café littéraire, de revenir sur ce qui a été dit auparavant, de croiser les regards, de s’interroger, de lire à haute voix des extraits qui touchent toute l’assistance et relancent les débats… et l’on savoure même des textes inédits, avec le poème malicieux : 

« J’amène mon âme, mes oreilles et mon cœur, bien qu’en retard sur l’heure, pour écouter avec bonheur

l’écho des montagnes d’Huez, des passants et de ses habitants,

en tout honneur et modestie, maintenant et ici, est un moment dont je vous remercie »

ou l'hommage au petit commerce : Cette belle nouvelle de Michel Bayard exprime toute l'humanité qui disparaît en même temps que l'épicerie du village, lui qui a vu démolir celle qu'il tenait à Huez bien avant Vava....

Et une magnifique lecture à voix haute d'extraits d'"Incipit ou le commencement" de Maurice Bellet a apporté une touche de spiritualité à une rencontre particulièrement enrichissante.

Ont participé : Bernard et Bernard, Christian et Christian, Jean et Michel pour les hommes puis Anny, Isa, Jeanine, Paulette, Sandrine, Susie, Sylviane et Vava. Un record : il y avait 6 hommes !

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Le livre par lequel tout a commencé ! C’est donc notre coin roman…

les rennes

Que font les rennes après Noël ? d’Olivia Rosenthal

Editions Gallimard (26 août 2010) - 2070130223 - Roman

Présentation de l'éditeur

Vous aimez les animaux. Ce livre raconte leur histoire et la vôtre. L'histoire d'une enfant qui croit que le traîneau du père Noël apporte les cadeaux et qui sera forcée un jour de ne plus y croire. Il faut grandir, il faut s'affranchir. C'est très difficile. C'est 'même impossible. Au fond, vous êtes exactement comme les animaux, tous ces animaux que nous emprisonnons, que nous élevons, que nous protégeons, que nous mangeons. Vous aussi, vous êtes emprisonnée, élevée, éduquée, protégée. Et ni les animaux ni vous ne savez comment faire pour vous émanciper. Pourtant il faudra bien trouver un moyen. O. R. 

Biographie de l'auteur

Olivia Rosenthal a publié sept fictions aux Editions Verticales, notamment Mes petites communautés (1999), Les fantaisies spéculatives de J.H. le sémite (2005) et On n'est pas là pour disparaître (2007, prix Wepler).

 L’avis des lecteurs J

"Les pages tournent toutes seules!". Humour noir et histoire sentimentale s'entremêlent à travers deux récits en parallèle, celui de l'émancipation d'une fillette et un documentaire genre éthologie  sur l'observation des animaux. Plusieurs voix qui appartiennent à des hommes travaillant avec des animaux, alternent, se répondent, se complètent, dressant des passerelles entre l'élevage, le conditionnement des animaux sauvages dans les zoos et l'éducation de la petite fille et sa relation aux adultes.

Ce roman peut choquer car les rapports entre les hommes et les animaux sont quelque fois épouvantables.  Cette méditation sur la condition humaine et sur la condition animale est dérangeante mais savoureuse. Chose surprenante, ce roman crée de l'humour, une sorte de prolongation du rire à travers des images qui continuent de naître avec le recul. Il y a quelques coups de griffes à la psychanalyse mais aussi un vrai suspens.

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la part

La part de l'autre d’Éric-Emmanuel Schmitt

Le livre de poche (10 septembre 20030) - 2253155373 - Roman ) Exemplaire à la bibliothèque

Présentation Amazon.fr

Le fameux Smoking, no smoking d'Alain Resnais l'a illustré naguère au cinéma, la scientifique "théorie du chaos" déclinée par Lorenz le vérifie tous les jours auprès de l'enchaînement des événements naturels : il suffit parfois d'un rien, d'un chouïa, d'une relation causale infime pour que tel phénomène, inattendu, surgisse tandis qu'on ne l'attendait point. Inversement, pour que telle situation se profile alors qu'elle n'était aucunement escomptée. Ainsi en est-il du 08 octobre 1908 selon Éric-Emmanuel Schmitt : recalé ce jour-là par d'intransigeants censeurs de l'École des Beaux-Arts de Vienne, le candidat Adolf Hitler va s'acheminer vers une existence pétrie de ressentiment, de refus de compassion mâtiné d'une folle soif du pouvoir. Chacun en connaît les conséquences historiques : la Seconde Guerre mondiale, le nazisme, les camps de concentration, le génocide, deux bombes atomiques, cinquante-cinq millions de morts…

Mais que se serait-il passé, qu'aurait-il donc pu advenir, si au contraire Hitler avait été reçu aux Beaux-Arts comme apprenti peintre méritant ? À partir de cette question, de cette infime infinie possibilité, bascule l'Histoire dans son entier. S'ouvrent le doute, l'espoir, l'incertitude. L'imaginaire surtout, en la matière de cet étonnant roman où, fidèle à ses habitudes, l'auteur parvient – sur une idée plutôt convenue – à filer une trame aussi haletante que vertigineuse. Alternées tour à tour, défilent en effet sous nos yeux deux vies que tout oppose, en fonction de causes initiales radicalement opposées. D'un côté le clochard, le caporal à la Croix de fer, le dirigeant du parti national-socialiste fan de l'opéra wagnérien Rienzi, le dictateur misanthrope dément dont le romancier développe une biographie dûment renseignée. De l'autre, Adolf H., jeune homme soigné par Freud pour ses troubles sexuels (une belle rencontre, sur laquelle plane en clin d'œil le fantôme de la célèbre pièce de Schmitt : Le Visiteur !), peintre de l'école surréaliste du légendaire Montparnasse parisien, ardent défenseur du sionisme…

On passe d'un Adolf à son double comme on verse du rire aux larmes, du sérieux à la plaisanterie, de la paix à la guerre (à noter : une belle symétrie croisée lors des descriptions des ravages de la guerre de 14-18). Au carrefour de ces trajectoires où se rejoignent comédie et tragédie, l'écrivain laisse place à de seyantes définitions philosophiques (pays/nation ; amour/amitié ; égoïsme/égocentrisme) qui éclairent dialectiquement la part d'ombre abritée par le cœur humain. En vérité, qu'elle soit "maudite" ou divine, savoir admettre "la part de l'autre" dans la constitution de l'image ou du destin de chacun, c'est toujours privilégier l'ouverture du dialogue par essence démocratique sur le repli du monologue totalitaire. Une leçon que l'humanité (hélas ? tant mieux ?) n'a pas fini de méditer. --Frédéric Grolleau

L’avis des lecteurs J

Excellent ! Que se serait-il passé si Adolf Hitler avait été reçu à l'Académie des Beaux-Arts ? En quoi cet « événement » aurait été déterminant pour le reste du monde ? Ce monde aurait-il été meilleur ou pire ? Et que serait devenu ce jeune autrichien sans le sous mais plein d'espoir ? Et si... une histoire d'uchronie mêlée à l'histoire réel et on accroche bien y compris à la part imaginaire d'Hitler. L'auteur raconte tour à tour la vie de ces deux hommes qui ne font qu'un... Et pour jongler d'un univers à l'autre sans perdre son lecteur en route, son écriture change selon qu'il parle du Hitler qu'on connaît ou de celui qu'on aurait aimé rencontrer, Aldof H.

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les ames

Les Âmes grises de Philippe Claudel

Stock (20 août 2003) - 2234056039 - Roman

Présentation Amazon.fr

Nous sommes en 1917 dans une petite ville de province. Toute la société des notables est présente et tient son rôle. Le maire, le juge, le procureur, le flic, le médecin… tous font rouler depuis des années l’agréable train-train de la comédie sociale faite d’amicaux échanges. C’est curieux, même la Grande Guerre ne semble pas avoir bousculé les positions et les habitudes de chacun. Tout reste bien en place dans l’immuable tranquillité de la bourgeoisie sûre d’elle-même. Pourtant tout bascule lorsqu’une fillette de 10 ans est retrouvée morte dans l’eau. La petite Belle-de-Jour, comme on l’appelle. Tous la connaissent, elle servait au Rébillon, la seule brasserie restaurant du coin. "Bien, bien, bien…" reprend le juge, tout content d’avoir un meurtre, un vrai à se mettre sous la dent, un meurtre d’enfant en plus, et de petite fille pour couronner le tout. Dès lors, le soupçon gagne et rogne les âmes grises de nos notables. En premier lieu le procureur qui habite au château, juste à côté du lieu du meurtre…

Philippe Claudel possède un grand talent de conteur. Auteur de plusieurs romans, de récits, de chroniques, de nouvelles, il sait imposer d’emblée un ton particulier, soit une forme assez conventionnelle et classique de la composition mêlée à une plongée psychologique subtile et noire dans le fond de chaque être. --Denis Gombert

L’avis des lecteurs K

J'ai été un peu déçue. En fait, on en avait déjà tellement parlé que je m'attendais à plus de poésie. Ce n'est donc pas un livre que je n'ai pas aimé, mais qui ne correspondait pas à l'image que je m'en étais fait à vous entendre. Voir le commentaire du café littéraire du 14 mars 2011.

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le caveau

Le caveau de famille de Katarina Mazetti

Gaïa (2 mars 2011) - 2847201920 - Roman

Présentation de l'éditeur

Après l’immense succès du Mec de la tombe d’à côté, nous sommes des centaines de milliers de lecteurs à nous demander ce qu’il advient de Désirée, la bibliothécaire, et de Benny, le paysan. Elle dévore avec autant d’ardeur les livres et les produits bio, lui élève des vaches et n’imagine pas qu’on puisse lire « de son plein gré ». Pourtant, ils se sont promis trois essais pour avoir un enfant ensemble. Si cela ne donne rien, c’est terminé pour toujours. Et si ça marche… Comme le disait un critique littéraire suédois : « Le quotidien tue l’amour, la vie de famille l’enterre. » C’est gai. Bienvenue dans le caveau de famille ! Pétillant et jubilatoire.

Biographie de l'auteur

Née en 1944 en Suède, Katarina Mazetti est journaliste de formation. Aujourd'hui auteur de livres pour la jeunesse et de romans pour adultes, elle rencontre un succès phénoménal avec Le mec de la tombe d'à côté traduit en de nombreuses langues. Le caveau de famille en est la suite.

L’avis des lecteurs K


Cette suite du "Mec de la tombe d'à côté" est nettement moins bonne. C'est bien moins drôle et pertinent. 

Benny, le paysan fruste, et Désirée, la bibliothécaire intello tentent la vie en commun... Mais cette vie de couple n'a franchement pas de surprise, et on se dit même que cela gâche ce que l'on avait pu imaginer de ce qu'ils allaient devenir à la fin du premier.


Et on restera encore sur sa faim, puisque tout annonce un tome 3 !



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le vieux
Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire de Jonas Jonasson
Presses de la Cité (10 mars 2011) - 2258086442 - Roman - Exemplaire à la bibliothèque

Présentation de l'éditeur

Le jour de ses cent ans, alors que tous les notables de la ville l'attendent pour célébrer l'événement, Allan Karlsson s'échappe par la fenêtre de sa maison de retraite quelques minutes avant le début de la fête organisée en son honneur. Ses plus belles charentaises aux pieds, le vieillard se rend à la gare routière, où il dérobe une valise dans l'espoir qu'elle contienne une paire de chaussures. Mais le bagage recèle un bien plus précieux chargement, et voilà comment Allan se retrouve poursuivi par la police et par une bande de malfrats… Commence alors son incroyable cavale à travers la Suède, mais aussi, pour le lecteur, un étonnant voyage au coeur du XXe siècle, au fil des événements majeurs auxquels le centenaire Allan Karlsson, génie des explosifs, a été mêlé par une succession de hasards souvent indépendants de sa volonté.

L’avis des lecteurs J

Après les commentaires de la dernière fois (voir CR du 7 juillet 2011), il fallait que je teste : fous rires assurés!!! Il y a des chutes totalement inattendues à tous les coins de phrases, des situations tellement rocambolesques que cela en devient incroyablement drôle. L'intrigue est tout à fait loufoque, les personnages incertains mais sympathiques, les rencontres sont impensables et les situations ubuesques avec un héros qui côtoie les grands du monde avec innocence (Un Forest Gump totalement décalé !), le tout mené avec entrain et finesse. Une vraie réussite et sans prétention !!

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