3.- Les huit montagnes de Paolo Cognetti (Stock)

Traduit de l’italien par Anita Rochedy

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 « La forêt était remplie de ces fosses, tas, ferrailles, que Bruno traduisait pour moi comme autant de signes d’une langue morte. Et en plus de ces signes, il m’apprenait un dialecte qui sonnait plus juste que l’italien à mes oreilles, comme si, en montagne, il me fallait remplacer la langue abstraite des livres par la langue concrète des choses. »

 

Récompensé par le prix Strega (sorte de Goncourt italien), Les Huit Monta­gnes, de Paolo Cognetti (né en 1978), est une histoire d’amitié, de filiation. Mais ce beau roman est sans doute d’abord une déclaration d’amour à la montagne, aux heu­res passées à dévaler les sentiers de pâturage ou grimper vers les sommets. Le livre de Paolo Cognetti  nous montre tout ce que l’on peut construire et vivre pendant l’enfance, et à quel point ça sculpte notre vie d’adulte.

 

C’est l’histoire dans le Val d’Aoste, d’une amitié indélébile entre deux enfants, l’un citadin, l’autre montagnard. Pietro, l’enfant solitaire de Milan, et Bruno, le gamin farou­che de l’alpage, sont devenus amis, naturellement. A 11 ans, Bruno connaît tous les creux des torrents où les truites viennent se cacher en ondulant et les emplacements des précieux refuges. Parfois, le père de Pietro emmène les deux garçons plus haut, là où le mal des montagnes se fait sentir et où le brouil­lard inquiète les derniers de cordée. Mais, pour les deux enfants, les heures les plus marquantes restent celles des longues marches côte à côte sur les sentiers râpés par la sécheresse de l’été. Des années durant, le petit Milanais reviendra au village de Grana, pour repartir et ressentir à nouveau la nostalgie des cimes.

Il y a du Pagnol dans cette histoire d’amitié enfantine et d’initiation. Quel­que chose de La Gloire de mon père, entre éducation et mélancolie. Cependant, Les Huit Montagnes n’est pas une simple histoire de copains qui grandissent, se construisent et s’éloignent peu à peu l’un de l’autre. L’auteur convoque également la silhouette paternelle, qui préférait le silence aux élans du cœur. Il dit aussi que l’apprentissage de la vie est une exploration qui évoque une longue randonnée. Parfois, on abandonne le sentier pour atteindre une crête, « juste pour le plaisir de découvrir ce qu’il y a de l’autre côté ».

« Peut-être ma mère avait-elle raison, chacun en montagne a une altitude de prédilection, un paysage qui lui ressemble et dans lequel il se sent bien. La sienne était décidément la forêt des mille cinq cents mètres, celle des sapins et des mélèzes, à l’ombre desquels poussent les buissons de myrtilles, les genévriers...

 Mon père avait une façon bien à lui d’aller en montagne. Peu versée dans la méditation, tout en acharnement et en bravade. Il montait sans économiser ses forces, toujours dans une course contre quelqu’un ou quelque chose, et quand le sentier tirait en longueur, il coupait par la ligne la plus verticale. Avec lui, il était interdit de s’arrêter, interdit de se plaindre de la faim, de la fatigue ou du froid, mais on pouvait chanter une belle chanson, surtout sous l’orage ou en plein brouillard ».

 

Tout au long du livre, on retrouve ce sentiment de simplicité qui fait beaucoup de bien. L’histoire du roman Les huit montagnes se déroule dans un monde où la surconsommation n’a pas sa place, où l’on attache de l’importance à l’essentiel et où tout semble plus fort : les relations, les lieux, les souvenirs.

 

Pourquoi 8 montagnes ?

Val d'Aoste  est une province au nord ouest de l’Italie divisée en huit unités de communes réparties sur 74 communes

 

Paolo Cognetti

Paolo Cognetti, né à Milan en 1978, est l’auteur de plusieurs recueils de nouvelles, d’un guide littéraire de New York, et d’un carnet de montagne. Les Huit Montagnes, son premier roman, en cours de traduction dans 31 pays, a reçu le prix Strega.