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Les lectures de Décembre

avec Charlotte, Sandrine, Sylviane et Vava

Sylviane nous présente le jeu des 7 familles littéraires créé par la Bibliothèque Départementale de Prêt de l'Ardèche pour son 30e anniversaire.

Cette BDP dynamique n'en finit pas de proposer des programmes alléchants comme « les bébés aiment les livres » ou le service "Culture Bleue " : En lien avec les maisons de retraite, le Prix Culture Bleue permet à des personnes âgées vivant en établissement de distinguer par vote individuel un ouvrage parmi un choix de 10 beaux livres. 24 établissements de personnes âgées se sont engagés dans ce projet innovant, sans équivalent en France, mené en lien avec la Direction santé solidarité (gérontologie et handicap) du Conseil général. 

En fait, c'est toute une politique culturelle engagée qui a été mise en œuvre :

La Bibliothèque départementale de prêt (BDP) est engagée dans plusieurs programmes en faveur des publics dits "empêchés". Sont désignées ainsi les personnes qui pour diverses raisons – âge avancé, incarcération, hospitalisation, etc. – ont un accès difficile, limité, voire impossible aux livres, à la musique, à l'offre culturelle en général. 

Ainsi sont développées deux autres actions : Le livre en prison : Des mots derrière les murs et Le Musibus… La musique sur l'ensemble du territoire !

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L'hiver des hommes de Lionel Duroy Julliard (23 août 2012)
  • Présentation de l'éditeur
  • Pourquoi la fille du général Mladic, commandant en chef des forces serbes durant le siège de Sarajevo, accusé de génocide, s’est-elle tiré une balle dans la tête avec le revolver préféré de son père ? C’est pour tenter de répondre à cette question que Marc, écrivain, passionné depuis toujours par le destin des enfants de criminels de guerre, s’envole pour Belgrade en novembre 2010 alors que rien ne va plus dans sa propre vie. À Belgrade, il est amené par d’étonnants hasards, ou malentendus, à rencontrer quelques-uns des plus proches lieutenants du général Mladic, des hommes pour la plupart recherchés pour crimes de guerre. Ce sont eux qui l’encouragent à partir pour la petite République serbe de Bosnie où, disent-ils, il rencontrera le véritable peuple serbe, celui qui a gagné la guerre et continue de se battre aujourd’hui contre les Musulmans.

    Arrivé à Pale, la capitale historique des Serbes de Bosnie, un ancien village de montagne devenu une ville de trente mille habitants prise sous un mètre de neige, Marc découvre une population emmurée dans le désespoir, abandonnée de tous, mais cependant persuadée d’avoir mené une guerre juste. Les ex-officiers ne nient pas avoir commis les crimes les plus épouvantables contre leurs anciens voisins musulmans et croates, mais ils estiment avoir agi en état de légitime défense et avoir été trahis par leurs anciens alliés français. Pour se justifier, ils font à Marc le récit de leur guerre, ne cachant rien des atrocités qu’ils ont commises, ou qu’ils ont subies. Marc ne les juge pas – des jours et des nuits durant il les écoute. Ce sont pour la plupart des hommes attachants, exceptionnels parfois, qui luttent aujourd’hui contre leur propre conscience, contre leurs cauchemars aussi, enfermés dans une prison dont ils sont les geôliers. L’écrivain éprouve à leur endroit une curieuse empathie, comme si cet enfer dans lequel ils se sont enfermés faisait écho à son propre désarroi.

    « Nous croyons qu’à rompre avec la source du mal nous allons pouvoir inventer notre propre vie et apporter le bonheur à nos enfants », écrit-il, « alors que nous sommes faits de ce mal et qu’ainsi il continue de nous habiter et de nous ronger quoi que nous décidions, et quel que soit l’endroit du monde où nous allions nous réfugier. » Ce que vivent ces hommes est finalement pour Marc l’écho le plus exacerbé, le plus terrifiant, de ce que nous sommes nombreux à vivre chacun silencieusement au fil de notre propre destin.

  • Biographie de l'auteur
  • Longtemps journaliste à Libération et à L’Événement du jeudi, Lionel Duroy est l’auteur d’une dizaine de romans publiés aux Éditions Julliard, dont Méfiez-vous des écrivains, Priez pour nous, Le Cahier de Turin et, bien sûr, Le Chagrin.

  • L’avis des lecteurs J
  • Dans ce roman-essai, LD s'interroge sur les conditions d'existence des enfants de dictateurs et tortionnaires, qu'il s'agisse des enfants de nazis cf enfants d'Himmler par ex ou plus récemment de la fille du Général serbe Mladic qui s'est suicidée peu de temps après le massacre de Sebrenica commandité par son père, entre autres ; ce père qui est resté longtemps le héros intouchable pour les Serbes qui lui étaient redevables d'avoir "sauvé "le territoire des Serbes de Bosnie. Pressée par la Communauté européenne de dénoncer ce Général jugé sanguinaire par les Occidentaux, la Serbie a cédé en laissant partir Mladic devant la Haute Cour de Justice du TPI à La Haye moyennant la possibilité d'être candidate à l'entrée dans l'Europe à brève échéance. L’auteur enquête sur place, et sa démarche fait écho à des turbulences dans sa vie personnelle. Il n'en revient avec aucune certitude, saisissant combien les accusations des uns peuvent s'opposer aux arguments de défense des autres qui ne nient pas les atrocités commises mais les justifient par une supposée félonie des adversaires Musulmans et la menace de l'instauration d'un futur État islamique dans cette région des Balkans. Une page d'Histoire à hauteur d'hommes.

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Moi, j'attends de voir passer un pingouin de Geneviève Brisac Alma Editeur (19 avril 2012) 
  • Présentation de l'éditeur

Au début, il y a les animaux. Comme dans la chanson du film de Kubrick, 2001 odyssée de l’espace qui compte tant pour Geneviève Brisac, une chanson du Déluge et de l’Arche : the animals went into by to, ah ah ! C’est eux qui ont fait naître son désir d’écrire ce roman sur la révolte. Comment, que l’on soit bête ou homme, s’arme-t-on contre l’idiotie, les pouvoirs, la cruauté, la violence ?

Voilà donc, par ordre d’apparition : Céleste, la femme de ménage qui veut un aspirateur, un peu de raison dans la maison et envoyer l’auteure à la campagne ; une pie qui volète un peu seule sur le balcon ; Nelson le fils rebelle qui ne peut pas saquer Colette et recueille le rat de laboratoire frileux de son ami Jean-Pierre installé à demeure devant l’Hippopotamus. À qui et à quoi s’ajoutent des tas d’autres personnages, hommes ou bestioles, familiers ou légendaires. Tout un monde de liberté à conquérir, d’ourlets défaits, de buffles qui pleurent, de chats aveugles, de filles cruelles et inconscientes. Toute une arche de Noé, urbaine, contemporaine, joyeuse, courageuse, décidée à habiter notre humaine condition envers et contre les saboteurs de tous poils.

Écrit avec cet alliage de légèreté et de gravité qui fait sa patte, Moi, j’attends de voir passer un pingouin illustre merveilleusement la devise de l’auteure : « mélanger ce qui fait rire et ce qui fait pleurer ». 

  • Biographie de l'auteur

Geneviève Brisac est née à Paris dans une famille d’intellectuels de gauche anglophiles. Normalienne, agrégée de lettres elle enseigne dix ans puis se consacre à l’écriture. Elle publie notamment Petite (1994), Week-end de chasse à la mère (1996, Prix Fémina) et Une année avec mon père (2010). 

  • L’avis des lecteurs 

Avis mitigé car si l'auteure est hypercultivée, le propos est pédant. Il y a de la fantaisie mais, selon l'expression, "elle se vernit les souliers"! Dommage ce roman intimiste n'est que le portrait d'une bobo d'aujourd'hui.

  

 

 

 

 

 

 

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Les Joyaux du paradis de Donna Leon Calmann-Lévy (3 octobre 2012)
  • Présentation de l'éditeur
Une enquête magistrale menée dans la Venise actuelle sur des secrets d'État, religieux et artistiques vieux de quatre cents ans, mêlant brillamment fiction et réalité. Caterina Pellegrini, musicologue au chômage, accepte à contrecœur un poste de documentaliste au sein d'une Fondation à Venise. Contre toute attente, la place n'est pas de tout repos. Deux cousins se disputent l'héritage d'un lointain ancêtre dont la succession serait tranchée par de vieux documents auxquels seule Caterina a accès. Le fameux ancêtre, compositeur baroque et diplomate, remplissait des missions cruciales auprès des cours allemandes pour le Saint-Siège. Mais c'est sa musique qui le rendit immortelle. À mesure que Caterina se passionne pour la biographie de cet homme, elle soulève un mystère : le musicien espion aurait-il trempé dans la plus grave affaire de meurtre de son temps ? Et que trame au juste maître Moretti, élégante avocate, qui travaille pour ses deux descendants ?
  • Biographie de l'auteur
Née dans le New Jersey, Donna Leon vit depuis plus de vingt ans à Venise, ville où se situent toutes ses intrigues. Les enquêtes du commissaire Brunetti ont conquis des millions de lecteurs à travers le monde et ont toutes été publiées en France aux Éditions Calmann-Lévy.
  • L’avis des lecteurs J

Le dernier de Dona Leon, sans son commissaire Brunetti. Comme d'habitude, l'auteure s'intéresse aux recoins de Venise. Comme d'habitude avec Dona Leon, on apprend toujours quelque chose et cette fois-ci, c'est sur la recherche historique dans le milieu musical. Une nouvelle héroïne qui promet ?

 
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Un jour tu verras... de Mary Higgins Clark ALBIN MICHEL (4 juin 1993)

  • Quatrième de couverture
Meghan n'en croit pas ses yeux là, dans ce service d'urgences hospitalières, la jeune fille qu'on vient d'amener, victime d'une grave agression, lui ressemble trait pour trait, comme une jumelle. Mais ce n'est là que la première des énigmes que la jeune femme, avocate reconvertie dans le journalisme, va devoir affronter. Un père disparu dans un mystérieux accident. Une clinique spécialisée dans la fécondation in vitro et l'élaboration de clones humains. L'ombre d'un «serial triller»... On ne résume pas ce roman, dont la critique a été unanime à saluer le brio époustouflant. Des surprises jusqu'au bout, un suspense sans faiblesse jamais la romancière de La Nuit du renard, Grand Prix de littérature policière 1980, n'a fait preuve d'une telle science de l'intrigue et de l'angoisse. 
  • Biographie de l'auteur
Née et élevée à New York, Mary Higgins Clark, d'origine irlandaise, revendique l'influence sur son écriture de cet héritage culturel : "Les Irlandais sont des conteurs-nés" rappelle-t-elle souvent. Et pourtant, rien ne prédestinait Mary Higgins Clark à devenir écrivain. Elle a dix ans quand son père meurt d'une attaque, laissant sa femme très démunie pour élever la petite Mary et ses deux fils. Malgré de brillantes études, Mary, à la sortie du lycée, s'inscrit dans un cours de secrétariat pour trouver du travail le plus rapidement possible, afin d'aider sa famille. Pendant trois ans, elle travaille dans une agence de publicité. Une envie de voyages la pousse à s'engager comme hôtesse de l'air à la Pan Am. Elle y restera un an avant d'épouser Warren Clark, qu'elle connaît depuis l'âge de seize ans. Peu après son mariage, elle commence à écrire des nouvelles qu'elle envoie aux journaux. Les refus sont nombreux mais Mary s'obstine et, en 1956, "Extension Magazine" publie enfin une de ses nouvelles.
En 1964, Warren Clark meurt brusquement la laissant seule avec cinq enfants. Mary retrouve du travail et écrit des scripts pour la radio. Son premier livre publié, une biographie de George Washington, ne sera pas un succès? "Le livre était déjà en solde avant même d'être sorti de chez l'imprimeur ! " commente-t-elle non sans humour. Elle décide alors d'écrire un suspense. Ce sera La Maison du guet (Where are the children) qui devient immédiatement un best-seller. Le succès accompagnera tous ses livres par la suite.
En France, les éditions Albin Michel publient en 1979 La Nuit du Renard donnant par la même occasion le coup d'envoi à la collection "Spécial Suspense" qui compte à ce jour 19 des 21 livres écrits par Mary Higgins Clark.
Après ses premiers succès, Mary Higgins Clark qui s'était beaucoup consacrée à l'éducation de ses enfants, décide de rattraper le temps perdu : elle entre à l'Université de Fordham au Lincoln Center et passe un diplôme de philosophie. Elle a par ailleurs présidé en 1988 l'International Crime Congress, à New York. En 1987, elle était présidente du Mystery Writers of America dont elle a été un membre actif pendant de nombreuses années.
La reine du suspense est l'auteur féminin du genre qui vend le plus de livres aux Etats-Unis : plus de 50 millions en "hard cover". Ses romans sont des best-sellers dans le monde entier, en France notamment avec plus de 20 millions d'exemplaires vendus. Mary Higgins Clark a reçu en 1980 le Grand Prix de Littérature policière pour La Nuit du renard et en 1998 le Prix du Festival du film de Deauville.
En 1999, un sondage paru dans "Le Monde" la donnait en seconde position des auteurs les plus lus par les jeunes de 18 ans.
  • L’avis des lecteurs J

Polar pas récent, mais c'est toujours aussi efficace et prenant!  

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Soleil Noir de Fred Bernard et François Roca ALBIN MICHEL Jeunesse (24 septembre 2008)

  • Présentation de l'éditeur 
"Ma chérie, le meilleur ami de Don Ignacio n'était pas un homme mais un cheval. Il l'appelait son Soleil Noir, c'était un étalon majestueux et c'est avec lui qu'il est parti aux Amériques..." J'aime quand ma grand-mère me raconte sa jeunesse, sa rencontre avec Don Ignacio, leur vie extraordinaire. Même si cette histoire me fait un peu peur.
  • L’avis des lecteurs J

Un livre romancé merveilleux sur une tranche de l'histoire du Mexique avec des dessins magnifiques. Ne pas oublier de lire ensuite Cheval Vêtu qui en est la suite et qui est lui aussi très beau.

À propos de Fred Bernard voir cet article paru dans le Dauphiné 

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 Et pour poursuivre le voyage avec Fred Bernard, un album surprenant  et particulièrment fort

 dont voici le texte, écrit par Sylviane pour la Maison des Écrits d'Échirolles

JESUS BETZ :  un album comme une fête pour l’œil, pour la maîtrise de la lumière, pour les cadrages si parfaitement adéquats, qui nous introduisent dans un espace relationnel privilégié,  sans doute parce-que cet illustrateur là, à savoir François Roca, sait les sources du plaisir visuel. Une sorte de féérie sombre, presque suspecte, qui fait que je n’aurai pas envie de montrer ce livre à n’importe quelle personne, car il exige d’être «  entendu ». Les sources lumineuses sont multiples comme les jeux d’ombres portées par rapport à un éclairage prononcé, produisant un effet presque théatral, accentuant la dramatisation. J’ajouterai qu’il offre  une palette dominante de bruns, de verts, de jaune orangé, un format hors du commun qui appelle le lutrin, un rendu réaliste de détails qui renvoie intensément à un récit de fiction, tous ingrédients concourrant  à répondre au désir du lecteur d’opérer un passage où se joue l’initiation à l’inconnu, une combinaison ô combien réussie entre un sujet émouvant et une illustration puissante et raffinée.

Une fiction où les épreuves  affrontées vont conférer au héros un sentiment héroïque de l’existence. Attachons nous aux premières paroles de Jésus Betz, sous la plume de Fred Bernard : "Prendre ses jambes à cou. Baisser les bras. Prendre son pied. Se tourner les pouces. J’ai toujours détesté ces expressions, dès mon plus jeune âge, car je n’ai jamais eu ni jambes, ni bras. Je m’appelle Jésus Betz, l’Homme-Tronc. Prénommé ainsi par Mademoiselle Betz, ma mère, le jour de ma naissance, le 24 décembre 1894, à minuit. P’tit bout d’vie. P’tit amour. Son P’tit Jésus à elle est né."

 Implacables dans leur froid réalisme, elles donnent d’abord avec une froide audace une définition de lui-même par la négation. Les termes « membres inférieurs , membres supérieurs » donnent à entendre des qualificatifs qui ne sont plus seulement et  anodinement descriptifs. Car quelle importance  de les distinguer lorsqu’on en est totalement privé et réduit à un statut d’homme –tronc. Négation du plaisir aussi puisque l’une des expressions renvoie directement  à une jouissance dont la vie a pu le priver. Mais l’on pourrait aussi penser que ce sectionnement dont il  est victime le met à l’abri de la lâcheté «  prendre ses jambes à son cou »  , de la paresse «  se tourner les pouces «  et  de la capitulation peu honorable «  baisser les bras ». Evocation aussi d’une conscience précoce de sa singularité mutilée, le tout dit sans pathos. Et d’ailleurs il n’est pas n’importe quel homme-tronc mais l’Homme-Tronc, les deux majuscules le rattachant à une vraie place, au Cirque, même si la fonction d’une telle créature dans un cirque est d’être objet de voyeurisme , d’apitoiement ou de moquerie. Mais son identité ne se fond pas dans sa seule fonction, il nous clame haut et fort comment il s’appelle, prénom Jésus, lourd héritage, et Betz, qui nous le ramène au royaume des hommes ordinaires. Son statut d’enfant sans père identifié nous est formulé d’une façon implicite » Prénommé ainsi par Mademoiselle Betz, ma mère »  Economie de mots pudique et respectueuse. L’heure et la date de sa naissance,  à minuit, un 24 décembre, nous livrent avec autodérision une sorte de second « divin enfant », en l’an 1894, accessoirement , mêlant ainsi éléments réalistes et récit imaginaire. Double singularité, statut de victime et  destin annoncé comme hors du commun.

Les trois qualificatifs qui suivent «  P’tit bout d’vie », « P’tit amour », Son P’tit Jésus » à elle  font chaud au cœur du lecteur que  les huit premières lignes n’ont pas épargné !  Immense tendresse, sentiment aussi d’extrême fragilité Le martèlement du qualificatif « petit » se situe résolument dans le registre de l’amour et de la tendresse maternelles, même si l’écho de la petite taille est sous-jacent.

Une belle lettrine pour commencer l’écriture du mot maman en douces lettres cursives nous introduit dans le corps de la missive que Jésus Betz dicte à la femme qu’il aime pour la première femme qui l’a aimé : sa mère. Paradoxe du fils qui présente le cours de sa vie à sa mère Un ton déterminé qui témoigne d’une fière volonté de s’accorder le droit d’inventaire, précisément à un moment clé de sa propre vie, dans un courrier  qui laisse à penser au lecteur que la vie les a séparés, lui et sa mère.  Un ton  sans concession envers lui-même et la vie qui l’a malmené, sans rancœur pour autant. Une autodérision qui affleure « voici ma vie en 33 dates », signe christique encore».  Il ne cherche pas à épargner sa mère, pas plus qu’il ne s’épargne lui-même quand il évoque l’écho des petits os de ses vertèbres qu’il se loue d’avoir, au moins ! .Ces dates «  qui claquent, craquent , sonnent ou grincent «  font naître l’image des trains fantômes brinqueballant entre tunnels et toiles d’araignées sur les fêtes foraines, un décor pas si éloigné de celui du cirque. Puis une formule dont les termes un peu éculés «   un coup de poing dans un ciel d’orage, au dessus de ce monde de brutes » retrouvent sens là encore , dans la bouche d’un homme réduit à la tête et au tronc. Bouffées de lyrisme vengeur, désespéré ?   La lettre qu’il dicte lui permet de se mettre au clair avec ses sentiments, après tant d’ épreuves marquantes, d’amitiés trahies . L’acte d’écrire et sa destination sont intimement liés au bonheur et à la fierté qu’il éprouve aujourd’hui. Emerge alors une expression où la typographie fait image «  je me tiens droit comme un i et ma tête fait le point ». Ressource subtile de la langue qui joue  du sens propre et du sens figuré, qui se joue du malheur puisque justement, il appartient désormais au passé.

Et puisque le thème du handicap, de la différence si chère à Fred Bernard est lancé, poursuivons avec un rappel de quelques livres déjà évoqués en particulier sur l'autisme 

 Le monde de Marcello de Francisco X. Stork et   Le Bizarre incident du chien pendant la nuit de Mark Haddon

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Combien ? de Douglas Kennedy Belfond (3 mai 2012)

  • Présentation de l'éditeur 

Noël 1990. Douglas Kennedy, alors écrivain fauché de 35 ans londonien d’adoption, est de retour à New York. La raison de ce pèlerinage : l’écriture d’un livre de voyage sur l’argent et les marchés financiers. N’y connaissant rien aux actions et aux investissements, notre auteur se lance dans une quête épique, à la poursuite du Dieu argent et de tous ses disciples…

Et Kennedy de nous entraîner à New York, dans le Wall Street des yuppies, ex-gloires des années 80 ; dans la bourse de Casablanca, vaste analogie du souk ; dans les salles de marché futuristes et surréalistes de Sydney ; à Singapour, ville-pays toute entière vouée au culte de la toute-puissance de l’argent et de la consommation ; à Budapest, en pleine transition du communisme à l’économie de marché ; et Londres, la nouvelle Jérusalem. 

Une galerie de personnages riches, autant de visages, de masques et d’interprétations de l’argent. Une passionnante comédie humaine qui garde tout son sens aujourd’hui, à une époque où l’argent, même décrié, fascine plus que jamais, en restant le point de référence qui fait tourner le monde. En avoir ou pas, telle est la question…

  • Biographie de l'auteur 
Douglas Kennedy vit entre Paris et Londres. Auteur des récits de voyage Au pays de Dieu (2004) et Au-delà des pyramides (2010), il s’est imposé avec, entre autres, L’homme qui voulait vivre sa vie (1998, réédition en 2005), La Poursuite du bonheur (2001), Les Charmes discrets de la vie conjugale (2005), La Femme du Ve (2007), Piège nuptial (2008), Quitter le monde (2009) et Cet instant-là (2011), tous parus chez Belfond et repris par Pocket.
  • L’avis des lecteurs J
Attention, ce livre n'est pas un roman, mais plutôt le témoignage de l'auteur de son incursion dans le monde de la finance. C'est une bonne étude, bien faite et même prémonitoire car il écrit ce récit en 1980 mais reste complètement d'actualité, avec sa galerie de personnages dont l'unique but est de gagner de l'argent. Un vrai voyage à travers des rencontres de financiers de tous niveaux dans de nombreux pays. 


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Les pommes noires et La Dame de Nancy de François Martaine Tallandier (9 mai 2001)

  • Présentation

Qu'est-ce qui pousse Paulus Chan Coline, un jeune paysan lorrain promis à l'existence la plus simple, à manifester un goût immodéré de la justice qui le fait passer pour une forte tête ? L'époque est rude pour ce fromager lorrain qui " élève " le fameux géromé, réputé jusqu'à la cour de Nancy. Paulus à qui le tabellion de Gérardmer a appris à lire et à écrire prend un jour la défense de sa communauté dont les libertés sont menacées. Ce premier combat, qu'il remporte face à l'autorité ducale, sera suivi de beaucoup d'autres… À la faveur des luttes du jeune homme, nous découvrons alors toute une région qui vit au rythme de ses foires et de la rigueur du climat, nous visitons Nancy, ses auberges animées, ses ruelles encombrées et prenons part à la vie quotidienne de ces Lorrains d'il y a cinq cents ans… Avec eux nous affrontons la peste, les mercenaires, la disette qui les laissent démunis, livrés à leur faiblesse, à leur ignorance, à leurs superstitions aussi… Car dans les environs de Gérardmer, une certaine Odile, amie de Paulus, herboriste et guérisseuse, manipule de bien étranges " pommes noires "… Cela inquiète… Ce voyage dans une Lorraine méconnue révèle une véritable sensibilité d'écrivain et s'appuie sur une documentation historique tout à fait inédite. Paulus a bel et bien existé et tous les détails dont ce roman fourmille - vie quotidienne, coutumes, grande et petite histoire - sont rigoureusement authentiques. Mais, en explorant la société rurale du XVIe siècle, ses peurs et ses souffrances, ce roman dépasse très largement le cadre régional.

Après avoir ouvert dans Les Pommes noires les portes des communautés villageoises d'il y a quatre cents ans, François Martaine complète avec la Dame de Nancy le tableau pittoresque de la Lorraine du XVIe siècle par celui de ses villes et de sa cour, à travers le destin exceptionnel de Sarah Vousier...

  • Biographie de l'auteur

Lorrain d’origine, François Martaine occupe de hautes fonctions dans un grand groupe industriel français et mène parallèlement une carrière de romancier attaché à l’histoire de la Lorraine.

  • L’avis des lecteurs J

Roman historique qui se passe chez moi ! C'est la petite histoire de la Grande histoire, du paysan qui a appris à lire et à écrire à la maîtresse d'Henri II. Une question reste : je crois avoir compris que les pommes noires étaient les pommes de terre. Mais c'est à confirmer !


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Une place à prendre de J. K. Rowling  Grasset (28 septembre 2012)

  • Présentation de l'éditeur
Bienvenue à Pagford, petite bourgade anglaise paisible et charmante : ses maisons cossues, son ancienne abbaye, sa place de marché pittoresque… et son lourd fardeau de secrets. Car derrière cette façade idyllique, Pagford est en proie aux tourmentes les plus violentes, et les conflits font rage sur tous les fronts, à la faveur de la mort soudaine de son plus éminent notable. Entre nantis et pauvres, enfants et parents, maris et femmes, ce sont des années de rancunes, de rancœurs, de haines et de mensonges, jusqu’alors soigneusement dissimulés, qui vont éclater au grand jour et, à l’occasion d’une élection municipale en apparence anodine, faire basculer Pagford dans la tragédie. Attendue de tous, J.K. Rowling revient là où on ne l’attendait pas et signe, avec ce premier roman destiné à un public adulte, une fresque féroce et audacieuse, teintée d’humour noir et mettant en scène les grandes questions de notre temps.
  • Biographie de l'auteur
Joanne Rowling est née en juillet 1965 au Yate General Hospital en Angleterre et a grandi à Chepstow, Gwent, où elle est allée à l'école Wyedean Comprehensive. Jo a quitté Chepstow pour l'Université d'Exeter, où elle a obtenu un diplôme en français et lettres classiques, sa formation comprenant une année à Paris. Avec un diplôme universitaire supérieur en poche, elle déménage ensuite à Londres et travaille, entre autres, comme assistante de recherches chez Amnesty International. Elle commence à écrire la série Harry Potter lors d'un retard de train de Manchester à Londres King's Cross, et elle élaborera l'intrigue de chaque livre et commencera à écrire le premier roman au cours des cinq années suivantes.
Jo déménage ensuite au nord du Portugal, où elle enseigne l'anglais comme langue étrangère. Elle se marie en octobre 1992 et donne naissance à une fille en 1993. A la fin de son mariage, Jessica et elle rentrent au Royaume-Uni pour vivre à Edimbourg, où Harry Potter à l'école des sorciers est finalement achevé. Le livre est d'abord publié chez Bloomsbury Children's Books en juin 1997, sous le nom de JK Rowling. « K » signifie Kathleen, le nom de sa grand-mère paternelle, ajouté à la demande de son éditeur qui pensait que le nom d'une femme ne plairait pas au public cible de jeunes garçons. Le deuxième titre de la série, Harry Potter et la Chambre des Secrets, a été publié en juillet 1998 et s'est classé à la première place des ventes de livres reliés pour adultes, un mois après sa publication. Harry Potter et le Prisonnier d'Azkaban est paru le 8 juillet 1999. Plébiscité au niveau international , il a occupé pendant quatre semaines la première place des ventes de livres reliés pour adultes au Royaume-Uni.
Le quatrième livre de la série, Harry Potter et la Coupe de Feu, a été publié le 8 juillet 2000 avec un premier tirage record d'un million de copies au Royaume-Uni. Il a battu rapidement tous les records du plus grand nombre de livres vendus le premier jour de sa publication au Royaume-Uni. Harry Potter et l'Ordre du Phénix a été publié en Grande-Bretagne, aux États-Unis, au Canada et en Australie le 21 juin 2003 et a battu les records établis par Harry Potter et la Coupe de Feu, pour devenir le livre le plus vendu de l'histoire. Harry Potter et le Prince de Sang-Mêlé a été publié au Royaume-Uni, aux États-Unis et dans d'autres pays anglo-saxons, le 16 juillet 2005 et a également réalisé des ventes record.
Le septième et dernier livre de la série, Harry Potter et les Reliques de la Mort, a été publié au Royaume-Uni, aux États-Unis et d'autres pays anglophones en 2007. JK Rowling a également écrit deux brochures, qui apparaissent en titres des manuels scolaires d’Harry dans les romans. Les animaux fantastiques et Le Quidditch à travers les âges ont été publiés en mars 2001 pour collecter des fonds pour Comic Relief.
En décembre 2008, les Contes de Beedle le Barde ont été publiés pour collecter des fonds pour le Children's High Level Group (appelé maintenant Lumos). Après un OBE (ordre de chevalerie du système honorifique britannique) pour ses services rendus à la littérature enfantine, J.K. Rowling a reçu de nombreux prix et diplômes honorifiques, notamment le Prix de la Concorde du Prince des Asturies, la Légion d'Honneur française et le Prix Hans Christian Andersen. Oratrice lors de la remise des diplômes à l'université d’Harvard aux États-Unis, J. K. Rowling soutient un grand nombre de causes caritatives par le biais de sa fondation caritative Volant. Elle est également la fondatrice de Lumos, une organisation caritative visant à transformer la vie des enfants défavorisés. J.K. Rowling vit à Édimbourg avec son mari et ses trois enfants.
  • L’avis des lecteurs K

JK Rowling se lance dans un registre tout différent avec ce roman qui semble malheureusement trop long. L'idée est originale avec ces bons paroissiens qui cherchent à se débarrasser de pauvres un peu trop encombrants et voyants tout en luttant pour le pouvoir. Mais ce n'est ni une comédie franchement noire, ni un drame émouvant et on se perd dans cette histoire. Des longueurs, une impression peut-être due à une lecture trop étalée sur les semaines, mais certainement aussi à une intrigue pas assez maîtrisée, des actions décousues, même s'il s'agit surtout de points de vue différents, et trop prévisibles... Pourtant, ses descriptions cyniques de la société britannique et de ses bas-fonds sont saisissantes, loin de l'univers d'Harry Potter : Drogue, sexe, pouvoir, névrose : ici, pas d'échappatoire, pas de baguette magique ! L'étude de mœurs est là avec les rancœurs, haines, hypocrisies, espoirs, désespoirs et mœurs mis à nu. Pas mauvais, mais dans l'attente du prochain, plus abouti.