André Chronique2

André

 

J’aurais bien dit

Qu’au grand jamais

Ton trou dans l’eau n’se refermera

Et que cent ans après, coquin de sort

Tu nous manqueras encor…

Mais l’ami Brassens l’a déjà dit mieux que moi

 

J’aurai bien poétisé ton souffle devenu la lumière, ton âme enfin libérée, ton voyage vers un ailleurs d’où tu veillerais toujours sur nous…

Mais je vois d’ici ton sourire devant tant de mysticisme…

 

Alors je vais dire des mots plus simples, des mots qui viennent de ces neiges que tu aimais tant, des mots pour dire merci, merci pour ton amitié fidèle, pour ta présence chaleureuse et ton humour bienveillant.

 

À l’Alpe d’Huez, tu nous as offert tes passions, sans compter… Ou presque : on ne transigeait pas avec le calendrier des sacro-saints matchs de rugby !!

 

Que de soirées avons-nous passées, portés par ta guitare et ta voix chaude ! Moments forts où tu étais attentif à unir nos voix pour le plaisir d’être ensemble.

Que de fougue et d’engagement : Tu étais notre Monsieur Cinéma, notre chroniqueur plus ou moins exaspéré du festival, notre spécialiste des questions « vélo dans le cinéma », notre critique cinéphile toujours à la recherche d’une émotion à partager

Que de fous rires, de bonne humeur… Toutes ces occasions où se révélaient ta générosité et ta joie de vivre. Tu nous montrais que le bonheur se niche dans ces petits riens qui font du bien et qui ne coûtent rien.

Tu étais le pilier autour duquel nous pouvions virevolter tous azimuts, le point d’ancrage qui nous permettait de revenir de nos emballements, toujours patient devant nos enthousiasmes…

 

Quoique… J’ai un petit bémol à mettre dans ce concerto allegro : je n’oublierai pas comme tu nous as fait transpirer, lors de ta dernière dictée, entre les pluriels des mots composés, les accents circonflexes ou pas, les traits d’union inappropriés et autre billevesées prêtes à nous faire continûment des quasi-crocs-en-jambe !

 

Et toujours ce sourire sous ta barbe blanche…

 

S’il te plaît, André, continue de nous murmurer à l’oreille ta petite musique,

qu’elle nous porte au-delà des larmes,

qu’elle nous accompagne sur ce chemin que nous parcourons désormais sans toi

et qu’elle enchante le firmament…

soirée chansons 04 bis

2016-0212 bis

2011-02 Café littéraire

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atelier écriture cinéma - 2

2013-03 Atelier d'écriture - 2

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triathlon des mots - 5 sur 62

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Texte de Nicolas ( Teillard) à André le jour de ses obsèques samedi 12 août 2017 Crematorium de Gieres

Juste après la version musicale de Mistral Gagnant mise en sourdine

Passer après Mistral gagnant, ça donne forcément envie de s’asseoir sur un banc…

Les bancs tu aimais ça (comme à peu près tout ce qui permettait de t’asseoir et de reposer ton dos à partir du moment où la balade ou la visite excédait la demi-heure…!).

 

On va donc s’asseoir, cinq minutes avec toi, te parler du bon temps, et de c’qu’on gardera, te parler de ma mère un p’tit peu, en pensant à ton rire qui lézarde les murs, en tâchant tous ensemble de guérir la blessure…

Ton rire, c’est une certitude, personne ici ne l’oubliera. Ce rire impressionnant, puissant, contagieux, ce rire aussi retentissant que ton sourire savait être discret, doux et bienveillant.

Difficile de te dire au-revoir sans évoquer l’ami Georges, et puisqu’il prônait l’amitié et les copains d’abord, tu nous permettras de lui emprunter quelques formules, et de mêler aux mots du poète qui t’a tant inspiré, ceux des copains à qui tu vas manquer.

 

Brassens donc, disait qu’on  «  n’entrait pas dans ses chansons comme dans un moulin”. ça vaut pour toi papa. Entrer chez toi, et percer la carapace comme on franchit un palier, ça se méritait, à coup de simplicité, à force de fidélité, et parfois (disons-le) au prix d’une certaine ténacité, la probabilité pour que tu passes un coup de fil tenant quand même d’un niveau pas bien plus haut que zéro…

 

Nulle indifférence pourtant dans cette distance, et tous ceux qui ont connu le chagrin, la peine ou la difficulté, savent ici qu’ils pouvaient compter alors sur ta générosité, sur tes larges épaules, ta stature imposante, sur “ce grand chêne fier sur son tronc”, sur “ce grand homme si doux” comme l’ont écrit certains. 

 

Cette douceur ne t’a jamais quittée, tu as été constant dans la main tendue, au point d’y faire carrière. A l’âge ou beaucoup se laissaient tenter par la tournée des grands ducs, tu préférais l’école d’éduc, et les amitiés qui s’y sont liées ne se sont jamais défaites.

 

Si la douceur te caractérisait, ça ne t’empêchait pas d’avoir tes moments furieux, et là, mieux valait te prendre au sérieux. Les murs des “circos" tremblent sans doute encore de quelques coups de gueule, et mes frère et soeur comme mes neveux, confirmeront qu’il n’y avait rien de bon à croiser ton regard furibond… ou à te voir hausser le ton. La méthode devait être efficace car tu n’as pas eu à l’employer bien souvent.. 

 

C’est sûrement ce même regard perçant qu’ont croisé les quelques emmerdeurs qui ont eu le malheur de te mettre en rogne. Des p’tits cons de la dernière averse, sur qui pourtant jamais on ne t’a vu lever ta main leste. Ce n’est pas l’envie qui a dû manquer parfois, mais tu ne jugeais sans doute pas nécessaire d’humilier ces piètres adversaires. Et puis bon, pour reprendre une réplique d’Audiard dont tu goûtais la pertinence, rappelons que quand les types de 130 kilos disent certaines choses, ceux de 60 kilos les écoutent…. (n’est-ce pas  les beaux-frères !). Comme je t’entends d’ici t’offusquer sur l’estimation à 130 kilos, et que je te soupçonne d’avoir jeté des regards réprobateurs aux médecins qui t’imposaient un passage par la balance, je veux bien t’en enlever 10 ou 12 et nous serons quittes..

 

110, 120, 130, qu’importe après tout… car cette carrure imposante était devenue pour nous une présence indispensable à certains paysages. Elle leur donnait un relief un peu plus agréable encore. “Montagne” à toi tout seul, costaud mais jovial et affable, c’est avec ces larges épaules que tu libérais l’espace dans les files d’attente des remontées de l’Alpe d’Huez, que tu descendais les marches de la piscine de Fons, que tu animais les soirées famille en sortant ton fameux carnet de chant, que tu enfourchais avec nonchalance ton scooter quand tu partais de bon matin, quand tu partais sur les chemins, non pas avec Paulette, mais bien souvent, avec tes petits enfants dressés fièrement à l’avant entre tes gros bras rassurants.

 

Avec ta barbe blanche et cette “neige à foison qui coiffait ta toison”, tu étais tout à la fois notre Brassens, notre Victor Hugo, l’Hemingway des Cubains qui t’ont croisé à la Havane, et tu resteras pour toujours notre Père Noël à tous… j’imagine d’ici la tronche du bon Dieu, quand il t’ouvrira la porte, et qu’il découvrira que le Père Noël existe ! J’imagine ton oeil malicieux, ravi par cet ultime pied de nez, et pas peu fier de prouver au soi-disant Tout-puissant que ce qu’il pensait être une fable pour enfants avait pris forme humaine, sous ton manteau rouge et blanc.

 

Ah cette veste rouge, qui pouvait - selon les saisons - se troquer contre une polaire, ou un vieil anorak, pourvu que le rouge soit dominant , du rouge, encore du rouge, toujours du rouge, sur ton écharpe autour du cou, sur tes polos en triple XL, et bien sûr aussi, au fond du verre, comme l’exigeaient tes origines mâconnaises.

 

Que ce soit à Bioux, à Dullin, à Fons, à l’Alpe ou ailleurs, notre voisin Dédé était un fier galant, qui n’emmerdait personne, avec sa barbe blanche, et quand le bruit courut que tes jours étaient comptés, c’est de tous ces endroits que les mots d’amitié sont arrivés. D’autres nous viennent de Rome, où des amis nous disent qu’ils te savent avec eux dans les rues et sur les places, toi qui enviais à nos voisins transalpins la passion du scooter, la permanence de la pasta - des “nunes" disais tu - qui appréciais tant  l’esprit de Nanni Moretti, et le langage des mains, que tu adoptais sitôt la frontières passée, te sentant pousser des ailes au pays du conducteur rebelle.

 

Car c’était aussi un trait de ton  caractère, toi le rigoureux de l’administration et des horaires, tu perdais toute envie de suivre le règlement quand tu croisais Mr l’Agent.

 

En observant les alentours de l’avenue Pierre Denave à Mâcon, je me suis demandé si ton aversion pour l’uniforme ne venait pas de la proximité de l’avenue de la gendarmerie… Car disons-le, le seul flic qui ne te faisait pas froncer les sourcils, c’était Longtarin dans Gaston, pour tous les autres, tu retrouvais tes airs hostiles, ne supportant pas l’idée qu’on vienne te chercher des poux dans la tonsure et te priver d’une miette de liberté, ou du simple privilège d’avoir la paix. 

 

Le sifflet au carrefour, comme la musique qui marche au pas, cela ne te regardait pas. Tu ne faisais c’est vrai de tort à personne, en suivant ton chemin de grand bonhomme, avec parfois tout de même un soupçon de mauvaise foi face à la loi, ta lecture du code de la route étant à peu près aussi libre que celle des règles de grammaire quand tu jouais au Scrabble…

 

C’est pardonné papi, même si je vois ta moue de contestation d’ici …

 

Comme un dernier clin d’oeil de l’histoire, tu es parti le jour de la journée mondiale des chats. Sans doute un peu jaloux de leur allure féline, tu avais pourtant, comme Brassens en son temps, une affection toute particulière pour les matous. C’était bien le seul animal qui trouvait grâce à tes yeux, peut-être parce que tu te reconnaissais dans leur côté doux et sauvage, dans leur capacité à faire leur vie de leur côté, que tu partageais leur goût pour les tendres caresses, et pour le soin qu’ils prennent à trouver une couche confortable. Tu aimais lire la presse du jour, Félix préférait s’allonger sur ton Dauphiné Libéré, mais comme lui et d’autres avant, tu avais cette fâcheuse tendance à tourner en rond devant la porte quand l’heure du départ avait sonné, ta légendaire ponctualité n’étant pas la qualité la plus partagée dans la famille… 

 

Tu as ainsi passé une bonne partie de ta vie à faire les cent pas, prêt au départ, attendant maman qui arrivait avec ses sacs débordant  de bouquins, attendant Catinou qui devait sans doute être la dernière à sortir du gymnase avec  sa copine Anne-Ga, ou  m’attendant au coin du stade, pendant que je courais à la rencontre des joueurs du FCG. Tu auras noté que je n’ai pas cité Jérôme - ce n’est pas un oubli - ton aîné étant bien le seul à qui tu sus transmettre le gène de la ponctualité et de l’horaire respecté !

 

Redonnons la parole à ton cher Georges, dans une chanson qui était parmi tes préférées (Mourir pour des idées) :

 

“S’il est une chose amère et désolante, en rendant l’âme à Dieu, c’est bien de constater, qu’on a fait fausse route, qu’on s’est trompé d’idée”.

Tu peux partir de ce côté en toute sérénité. 

Fidèle à ton principe de “ne pas emmerder tes voisins”, tu as passé ta vie à partir à la conquête des sommets et des chemins, poussé par ta curiosité, par ton goût prononcé pour le voyage, en camping-car ou en VW. Bien chaussé dans tes baskets blanches, tu arpentais les sentiers avec ton train de sénateur, traversant les villages, les océans et les départements. Pas un ne manque à la carte, Sylviane prenant un soin tout particulier à te faire mettre le clignotant, à la conquête des voies les plus dérobées. 

 

Qu’elle était belle ta liberté, par les petits matins d’été, quand le soleil chantait au coeur, tu as vécu bien content, avec ta Sylviane et tes enfants. Pas un n’échangerait sa place à l’arrière, pas un ne troquerait sa part de gratin, pas un n’aurait laissé un autre que toi lui tenir le bâton pour apprendre à skier.

 

Ca n’a jamais donné lieu à de grandes déclarations, tu nous as fait du même bois que toi, un peu rustique, un peu brut, et c’est vrai que nous n’avons jamais été très doués pour dire l’amour qui nous liait. Je laisse à Brassens ce parfait résumé : “les effusions, dame! il déteste… Selon lui, mettre en plein soleil, son coeur ou son cul c’est pareil”.

 

Si ça peut te rassurer et te permettre de partir léger, sois sûr que nous veillerons avec attention sur la seule poupée qui te faisait te faire tout petit. Il fallait bien quelqu’un d’aussi grand que maman pour réussir ce défi. Tu lui fis découvrir la géographie du rugby, ta messe à toi du dimanche après-midi. En échange, tu reçus une invitation permanente au voyage merveilleux dans l’univers des livres, terrain de jeu idéal pour l’amoureux des mots que tu étais. 

 

Prenant entre tes bras la place de ta guitare, elle a rempli ton coffre de bouquins en pagaille, ton garage de décorations et autres animations, ta vie, de souvenirs inoubliables et inestimables. Elle a donné à ton chemin un relief inespéré, puisant dans ta force tranquille et ta générosité pour mener à bien ses innombrables projets, comptant sur toi pour la conduire partout où ses envies l’emmenaient. Tu en as fait des kilomètres, en guide parfait pour les FOLIJE, ouvrant les voies, toujours fidèle au poste. Tu te nourrissais de son énergie et de sa douce folie, même si tu en payais parfois le prix, en voyant ta part de dessert se diviser subitement en un tas de petits morceaux, “à partager” évidemment.

 

Entre la princesse des lettres et le croque-notes que tu étais, il y eut quelque chose de l’accord parfait, les passions sans cesse partagées, le soutien de tous les instants, la complicité, évidente, admirable, et inspirante. Et même quand ta vue a fini par baisser, ton regard n’avait rien perdu de sa tendresse pour elle, quand il passait par-dessus tes lunettes qui te donnaient des airs de Geppetto…

 

Arrive le temps de se dire au-revoir, de te laisser naviguer en père peinard… Vas donc vers l’autre monde en flânant en chemin, nous savons tous ici qu’un panaché bien frais t’attend au bistrot des copains, qu’une place t’est réservée au pays des gens bien… On te laisse te trouver un petit trou moelleux, une bonne petite niche avec vue sur la terre, ou tu pourras quand tu le voudras, nous faire coucou de la main.

 

Comme dans  tout bon tour de chant de Brassens, impossible de se quitter sans “la Supplique" en guise de conclusion : à ton tour de devenir l’éternel estivant, de passer ta mort en vacances, de faire du pédalo sur la vague en rêvant, en pensant à nous de temps en temps…

 

Nicolas